Le projet de livre de poésie sur la montagne continue de se construire, étape après étape, sans précipitation. Après la rencontre avec Alexandre et les premiers échanges autour de la structure, une nouvelle question se pose naturellement : quelle place donner à l’image ? J’ai déjà eu l’occasion de collaborer ponctuellement avec la talentueuse Charline Mallet, dont je vous parlais dans un précédent article, et cette première expérience m’a confirmé une chose : l’image peut enrichir le texte, à condition qu’elle ne l’écrase pas. Très vite, l’idée d’accompagner les textes par des illustrations s’impose, mais pas n’importe lesquelles. Il ne s’agit pas d’illustrer au sens classique, ni de décrire ce qui est déjà écrit, mais de prolonger une atmosphère, d’ouvrir une autre lecture, plus sensible, plus silencieuse.
C’est dans ce contexte que je découvre le travail d’Arina. Elle a 15 ans. Et dès les premiers dessins, quelque chose me frappe immédiatement. Il y a une justesse, une simplicité, une manière d’aller à l’essentiel qui résonne profondément avec ce que j’essaie de faire dans mes textes. Ses illustrations à l’encre ne cherchent pas à en faire trop. Elles suggèrent plus qu’elles ne montrent, elles laissent de l’espace, elles accompagnent sans jamais imposer. C’est exactement ce que je cherchais sans vraiment savoir le formuler.
Pour tout vous dire, son travail me renvoie à une sensation très personnelle. Il me fait penser aux illustrations d’un livre que j’aimais particulièrement étant enfant : Mariette et Soupir d’Irène Schwartz. Les aventures de deux jeunes marmottes dans la montagne. Les dessins de Frédéric Stehr m’avaient marqué, sans que je sache vraiment pourquoi à l’époque. Aujourd’hui, je comprends mieux. Il y avait cette même capacité à être simple en apparence, mais extrêmement riche dans les détails. Des détails subtils, presque discrets, que seuls ceux qui fréquentent réellement la montagne peuvent reconnaître. Une manière de dessiner la montagne sans la surjouer.
Très vite, l’évidence s’installe. Ce n’est pas seulement une collaboration, c’est une rencontre artistique. Une manière de faire dialoguer deux regards, deux sensibilités, deux façons d’exprimer quelque chose de similaire, mais avec des langages différents. Là où mes textes tentent de mettre des mots sur des sensations, ses illustrations viennent les prolonger autrement, dans un registre plus intuitif, presque silencieux.
Ce qui me touche particulièrement dans son travail, c’est cette forme de fraîcheur. Une absence totale de calcul. Une sincérité qui ne cherche pas à séduire, mais simplement à exprimer. Avec le temps, on peut parfois être tenté de maîtriser, de structurer, de contrôler ce que l’on produit. Arina apporte exactement l’inverse. Une spontanéité qui redonne de l’équilibre au projet, qui lui évite de devenir trop construit, trop attendu.
Le livre prend alors une nouvelle dimension. Il ne sera pas seulement un recueil de textes, mais un véritable objet, où les mots et les images se répondent, se complètent, parfois même se laissent de l’espace. Une manière d’offrir une expérience plus riche, plus immersive, mais aussi plus ouverte. Chacun pourra y projeter son propre regard, ses propres souvenirs, ses propres sensations.
À ce stade, le projet de livre de montagne continue d’évoluer, mais une chose devient de plus en plus claire. Il ne s’agit plus seulement de rassembler des textes. Il s’agit de construire quelque chose de cohérent, de sensible, et profondément humain. L’illustration livre montagne trouve ici toute sa place : non pas comme un ajout, mais comme une composante essentielle du projet.




