Il y a des projets que l’on construit avec méthode, et d’autres qui s’imposent sans prévenir. Ce livre montagne appartient clairement à la seconde catégorie. Pendant longtemps, je ne cherche pas à écrire un livre. J’écris simplement de la poésie de montagne, presque instinctivement, sans objectif précis, sans volonté de publication. Les mots viennent souvent en montagne, au fil des heures de marche, dans ces moments où l’on avance sans distraction, ou bien au retour, lorsque l’expérience se dépose et prend une autre forme.
Cette écriture de montagne ne naît pas par hasard. Elle répond à un besoin plus ancien, présent depuis plusieurs années : celui de partager ces ressentis si particuliers que je vis en montagne. Pendant longtemps, je cherche une manière de les transmettre. Mon premier réflexe est de me tourner vers la vidéo : j’ai une chaîne YouTube personnelle où je publie des films de mes sorties en montagne. Elle me semble être le moyen le plus naturel pour restituer une ambiance, une lumière, un instant. Mais très vite, les contraintes techniques, le temps de production et la difficulté à capter fidèlement ce que je ressens me freinent. Je me rends compte que ce médium ne me permet pas d’aller à l’essentiel.
C’est donc plus tard que je me tourne vers le texte. Plus direct, plus simple, plus fidèle à ce que je cherche à exprimer. L’écriture devient alors une évidence. Mais je garde ce lien avec l’image. Pour relier les deux, je commence à mettre en scène mes textes dans un univers visuel très simple : des montages où l’on voit un livre tenu en montagne, comme si cet objet existait déjà. Comme si ce livre montagne était déjà là, entre mes mains, posé au milieu des sommets.
Ces textes sont d’abord pour moi. Une manière de prolonger ce que la montagne fait naître, de tenter de comprendre ce qui se joue là-haut, dans le silence, dans l’effort, dans ces instants où l’on se retrouve face à soi-même sans échappatoire possible. La montagne agit comme un miroir, et l’écriture devient une manière de fixer ce qui, autrement, resterait insaisissable.
Puis, presque sans y prêter attention, je commence à partager ces textes de montagne sur les réseaux sociaux. Il n’y a pas de stratégie derrière, simplement l’envie de transmettre. Mais très vite, quelque chose se passe. Les retours sont nombreux, souvent inattendus. Certains lecteurs y retrouvent leurs propres interrogations, d’autres parlent d’émotions qu’ils n’ont jamais réussi à formuler. Une forme de lien se crée, discret mais réel.
Et une question revient régulièrement, comme un fil que je ne peux plus ignorer : “Existe-t-il une version papier ?” Sur le moment, je n’y prête pas forcément plus d’attention que cela. L’idée d’un livre montagne reste encore floue, presque abstraite. Mais peu à peu, elle s’installe. Elle ne naît pas comme un projet structuré, mais comme une évidence progressive.
Ces textes, nés dans un certain rythme, méritent peut-être un autre support. Un support plus lent, plus posé, plus fidèle à ce qu’ils cherchent à transmettre. Un livre montagne que l’on puisse ouvrir sans urgence, que l’on puisse emporter en montagne ou lire au retour, dans le calme. Un objet qui prolonge l’expérience plutôt qu’il ne la résume.
Aujourd’hui, en ce mois de septembre, le projet de livre montagne prend forme. Rien n’est encore défini précisément : ni le contenu final, ni la structure, ni même la manière dont il verra le jour. Mais l’essentiel est là. Une direction, une intention, et cette sensation très particulière que quelque chose commence.
Ce moment marque un tournant. Le passage d’une écriture personnelle à une démarche plus engagée, sans pour autant perdre ce qui en fait l’origine. La sincérité reste intacte. Le lien à la montagne aussi. Ce livre montagne n’est pas encore construit, mais il existe déjà, d’une certaine manière, dans chaque texte, dans chaque image, dans chaque partage. Il ne naît pas d’une décision, mais d’un cheminement. Et c’est sans doute ce qui le rend profondément nécessaire.




